PEPS CROSS déconstruire préjugés

Crédits : Libre de droits (Canva)

Il n'y a pas de "profil type"des enfants victimes d'exploitation sexuelle. Ce préjugé a la vie dure et risque d’invisibiliser des victimes belges, pour autant majoritaire, et de retarder leur identification et leur prise en charge. En réalité, le phénomène s’articule autour de schémas récurrents, notamment l’emprise numérique et la manipulation psychologique, qui ciblent des jeunes de tous horizons, de plus en plus vulnérables à l’ère de l’ultra-numérique et de l’après COVID-19. 

Le mythe du profil type : une vision réductrice et dangereuse

Il est impératif de déconstruire l’idée reçue selon laquelle les victimes d’exploitation sexuelle seraient principalement des enfants étrangers. Les données de l’étude Panorama de la situation des mineur·es victimes d’exploitation sexuelle en federation wallonie-bruxelles (2023) indiquent que les profils sont extrêmement diversifiés : les victimes sont majoritairement belges que de nationalités étrangères, qu’elles soient mineur·es non accompagné·es, jeunes en famille ou adolescent·es vivant dans un cadre familial stable. Réduire ce problème à l’origine des victimes constitue un obstacle majeur à leur protection.

En effet, se focaliser sur l’origine peut invisibiliser les victimes de nationalité belge, pour autant majoritaire, et retarder leur prise en charge. L’exploitation peut avoir lieu dans divers lieux : dans des institutions de prise en charge de jeunes, en rue, ou encore au sein de la famille, à l’école… Bien que les mineur·es étranger·ères non accompagné·es représentent une population particulièrement vulnérable en raison de leur exposition souvent particulière à de nombreuses violences, à la précarité et aux réseaux de traite humaine, il ne faut pas confondre facteur vulnérabilisant et exclusivité ; la plupart des victimes ne sont pas de nationalité étrangère. Le véritable enjeu est de comprendre les mécanismes de l’exploitation pour mieux identifier les situations à risque.

Le contexte de la pandémie de COVID-19 a marqué un tournant décisif : il a accentué la déstabilisation psychologique des jeunes et transformé les réseaux sociaux en unique point d’ouverture vers le monde, ce qui a encore augmenté les risques d’emprise.

>> Au sujet de l’emprise et de la manipulation dans l’exploitation sexuelle

Répondre à l’urgence grâce à une approche centrée sur l’enfant

Face à ces constats, les solutions doivent privilégier une approche systémique et centrée sur l’enfant. C’est précisément l’objectif du projet PEPS | Mieux protéger les enfants contre l’exploitation sexuelle en Belgique et en France, qui vise à renforcer les systèmes de protection face à l’exploitation sexuelle en unissant les différents secteurs sur le terrain. En plaçant l’enfant au cœur du dispositif, ce projet tente de répondre concrètement aux problèmes identifiés par des actions de prévention, de détection et de prise en charge.

Le projet souligne que la clé de la protection réside dans la capacité à reconnaître les mécanismes d’emprise et de manipulation, quel que soit le profil de la victime. En brisant les stéréotypes et en unissant les efforts entre les secteurs, il devient possible de mieux identifier les situations à risque et d’offrir une prise en charge adaptée à tous les enfants, qu’ils soient de nationalité belge ou étrangère.